Dell, Ubuntu, Debian et les autres…

Cet article inaugure une nouvelle rubrique sur mon blog : la rubrique consacrée au système d’exploitation libre et universel Debian (voir la dernière partie de cet article : À propos de Debian).

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Je reprends (avec quelques modifications mineures) un article publié sur Linux On The Root, initialement prévu pour mon blog. Mes vœux et résolutions (bonnes ou mauvaises), suivront…

Pourquoi cette double publication ? Tout d’abord parce que j’ai fait ici la promotion des produits Dell. Je sais que certains, sur mes conseils, ont acheté un ordinateur de la marque. D’autres le projettent. Je me sens donc quelque peu responsable des difficultés que ces (futurs) utilisateurs ont rencontrées (pourraient rencontrer). Par ailleurs, j’ai tout récemment reçu un mail, très encourageant, de CHEIK Abal-Kassim (un étudiant de Mayotte), qui me félicite de mettre en avant Linux et de sensibiliser les gens aux logiciels libres. Alors autant continuer…

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Avant mon départ pour le bout du monde, je pensais avoir trouvé l’ordinateur nomade idéal chez Dell : l’Inspiron 1525 (n series). Et j’avais dit tout le bien que je pensais de cet outil livré avec GNU/Linux Ubuntu, performant et confortable. Avec quelques réserves tout de même sur ces machines vendues avec une version GNU/Linux Ubuntu adaptée par le constructeur. Non qu’il ne faille se féliciter, avec Mark Shuttleworth, de ce que the good folks at Dell aient pris la décision de diversifier leur offre. Voire même de s’en émouvoir. Je pensais même, comme aKa, que Linux et par extension le logiciel libre dans son ensemble [avaient] marqué des points notamment chez le grand public… Aujourd’hui je suis beaucoup plus sceptique. Je n’y vois plus comme aKa un évènement si majeur. Bien au contraire…

Pourquoi Linux et le logiciel libre perdent-ils des points ?

Pour comprendre pourquoi cette initiative (ou collaboration) dessert Linux et le logiciel libre, il faut avoir acheté dans ces derniers mois l’une de ces machines et surtout l’utiliser quotidiennement. De vrais débutants (le fameux grand public) en ont fait l’amère expérience (malheureusement sur mes conseils et sans mon aide… ou presque) et ont connu bien des déboires avec ces ordinateurs (voir le commentaire d’Anatole).

Pourquoi ? Parce que, en réalité, contrairement à ce qu’affirme aKa sur le framablog (article en lien ci-dessus), ces ordinateurs ne sont pas parfaitement configurés pour accueillir Ubuntu. Enfin… si, ils le sont, à l’achat. Avec des choix bien contestables, notamment l’intégration de LinDVD pour la lecture des DVDs et autres fichiers multimédias protégés, l’utilisation de dépôts Dell sans aucune information conséquente (ou sérieuse) pour l’utilisateur. Et croyez-moi, c’est non sans mal que, à l’époque de mon acquisition, j’ai réussi à mettre la main sur les adresses de ces fameux dépôts Dell contenant les mises à jour des précieux paquets dellisés.

Il existe aujourd’hui une page d’information pour l’Inspiron 1525 sur le site Ubuntu-fr.org qui pallie aux insuffisances du fabriquant et d’Ubuntu. Mais cela ne suffit malheureusement pas à répondre aux difficultés du très grand débutant qui ne sait pas ce qu’est un système d’exploitation, parce qu’il était sous MacOS, qui ne sait pas exactement quel était le système installé sur sa machine parce qu’il a toujours eu le système “Fenêtre” tout simplement parce qu’il a un ordinateur… Lequel grand débutant ne veut, de toutes façons, en aucun cas mettre les mains dans le cambouis parce qu’il a toujours eu dans son entourage un Gérard-qui-s’y-connaît-en-informatique pour le faire à sa place et que l’informatique, logiciels ou OS, ne l’intéresse absolument pas.

Pourquoi mettre en cause Ubuntu ?

Tout simplement parce que depuis quelque temps maintenant les rapports entre Dell et Ubuntu vont au-delà de la simple collaboration : un employé de Dell a fait son entrée dans la Core-Dev Team d’Ubuntu, Mario Limonciello. Il est notamment chargé du développement et de l’intégration de la distribution sur les machines Dell :

Je travaille sur le projet Ubuntu Dell, cherchant à faire le succès d’Ubuntu sur les ordinateurs Dell.

Chez Dell, on applaudit. Son intégration est récente mais il est tout de même difficilement acceptable que ces dépôts et paquets dellisés soient encore exogènes (développés à l’extérieur sans intégration directe). D’autant que pour certains le kernel modifié par Dell n’a pas été nécessaire pour que leur machine fonctionne parfaitement :

Tout le système fonctionne naturellement avec la version “vanilla” d’Ubuntu. Les effets graphiques sont donc activés par défaut, et je peux me connecter au réseau wifi…

Si cette expérience se vérifie (pour ma part, je ne la reproduirai pas), elle est une preuve à charge de l’incohérence de cette collaboration. Pourquoi maintenir un dépôt avec des paquets Dellisés si la version “vanilla” (il s’agit de la version avec les effets de bureau) prend parfaitement en charge tout le matériel des machines Dell ? S’il ne s’agit que de faciliter l’accès à la lecture de certains supports multimédias et autres cochoncetés propriétaires alors pourquoi ne pas faire une information simple et conséquente afin de faciliter la tâche dudit grand débutant pour qu’il installe de lui-même le nécessaire ?

S’il arrive à ce pauvre grand débutant de mettre à jour graphiquement (à partir de la notification sur le tableau de bord) son système Ubuntu vers la version supérieure (passage de la version 7.10 à la version LTS 8.04, par exemple)… tout part à vau-l’eau : perte de la connexion WiFi… Et puis le son ! du fait d’une adaptation plus que douteuse de PulseAudio… de l’avis Lennart Pöttering, développeur principal de PulseAudio :

Certaines distributions ont fait un meilleur travail que d’autres en adoptant PulseAudio. Du bon côté je dois citer Mandriva, Debian et Fedora. De l’autre côté Ubuntu n’a pas vraiment fait un travail formidable. Ils n’ont pas fait ce qu’il fallait. Adopter PulseAudio dans une distribution demande beaucoup d’efforts, dans la mesure où il s’interface avec énormément de choses dans pleins d’endroits. L’intégration avec les autres systèmes est cruciale. Les informations étaient largement diffusées, communiquées sur le wiki, les listes de diffusion et sur le canal IRC de PulseAudio. Mais si vous n’y allez pas, vous ne le saurez pas. À ma grande surprise, lorsque Ubuntu a adopté PulseAudio ils l’ont tout de suite intégré dans une de leurs ‘LTS’. Ce qu’on pourrait qualifier d’audacieux — puisque même chez Red Hat, pour qui je travaille, PulseAudio n’est pas encore intégré à RHEL. Beaucoup d’utilisateurs d’Ubuntu m’ont tiré dessus, et j’ai le sentiment qu’en règle générale ce n’est pas mérité et pas de ma faute.

Il ne m’en fallait pas plus pour changer de crémerie. Rédhibitoire. Les conséquences de cette mauvaise intégration de PulseAudio sont nombreuses. Pour n’en citer que deux, voyez les réactions à ces articles : celui de Bernard Opic et celui plus ancien de Racoon.

Bien entendu, PulseAudio n’y est pour rien là-dedans.

La banquise sous le ciel rose…

Il y a quelques jours, comme je le projetai depuis quelques mois, j’ai donc quitté le navire. Je n’ai pas jeté l’Inspiron 1525 par dessus bord, non, j’ai enfin installé une Debian testing en remplacement d’Ubuntu 8.04 LTS. Et le ciel s’est éclairci…

Voici une petite capture d’écran de mon bureau Gnome sous Debian Lenny :

Bureau Gnome sous Debian

Aucun problème. Sinon le module iwlwifi qui nécessite une petite mise à jour.

Normalement l’interface wlan0 est parfaitement détectée par le noyau. Pour en avoir la certitude, tapez dans un terminal Administrateur :

ifconfig -a

Vérifiez ensuite la présence des “outils” pour le WiFi et installez la mise à jour :

apt-get install wireless-tools firmware-iwlwifi

C’est tout. Rien d’autre.

Je conseille vivement à tous ceux qui voudraient migrer leur machine sous Debian en testing (FAQ Debian GNU/Linux) de lire consciencieusement l’excellent article de Shankarius : Debian Testing : comment l’utiliser efficacement ?

Gagnant gagnant !

Je crois que, dans le fond, nous sommes, chers lecteurs, tous à peu près d’accord (pour ceux qui partagent cet engagement “libre”) : il s’agit avant tout d’explorer, d’expérimenter, sans blocage, sans consensus obligé, au risque de s’écarter les uns les autres, pour trouver ce qui fonctionne réellement.

Bien sûr, à participer, à dire ce que l’on pense être le plus efficace, le meilleur… on court toujours un danger : il est difficile de ne pas exprimer d’opinions ou de visions du monde particulières, lesquelles peuvent entrer directement en conflit avec d’autres.

J’ai bien conscience que la teneur d’un tel article peut aviver quelque querelle intestine ou division au sein de la communauté du Libre. Mais ce n’est nullement son objet. Non. Il est ailleurs : faire tourner Linux correctement (i.e. au mieux) sur une machine en production.

Aujourd’hui, Debian relève admirablement ce défi sur ma machine de travail. Au-delà de la popularité (sans cesse croissante) qu’elles ont acquise, toutes les distributions n’ont pas montré la même maturité.

Alors, gardons la tête froide : si ce partenariat Dell/Ubuntu, que l’on donne volontiers pour une “révolution” n’en est pas réellement une, il n’en restera pas moins une heureuse initiative, parmi d’autres. Nul doute qu’il apportera rapidement son lot de “corrections” et d’améliorations. Pour le plus grand bien de tous. Fort heureusement, comme le rappelait Mark Shuttleworth sur son blog en septembre dernier, Ubuntu n’est pas seule : l’expérience utilisateur est un puissant vecteur d’évolution.

À propos de Debian

Une petite parenthèse s’impose. Debian est souvent présentée comme une distribution “difficile” : il faudrait de bonnes compétences en informatique pour l’installer et l’utiliser. Oui… c’était vrai il y a quelques années. Mais, aujourd’hui, Debian est devenue plus facile grâce, notamment, au formidable travail de l’équipe de l’installateur graphique : les questions posées sont claires, le matériel bien reconnu et les valeurs proposées par défaut conviennent dans la majorité des cas. Il est donc possible d’installer très facilement Debian et, comme Debian est un système très tolérant, de le faire cohabiter avec un autre système déjà installé.

Je ne m’étendrai pas sur l’ergonomie de Debian. Mais, s’il est bien vrai que, par défaut, le bureau n’est pas très folichon (c’est affaire de goût), il revient à l’utilisateur d’en changer (voyez ci-dessus la capture d’écran de mon bureau). Aucune compétence technique particulière n’est requise pour cela. C’est d’ailleurs une bonne manière de prendre en main son nouveau système.

Comme Philippe Scoffoni, on reproche souvent à Debian son cycle de sortie des nouvelles versions (délais très longs entre les versions stables). Conséquence : des applicatifs un peu désuets (ou dépassés) à la sortie de la nouvelle version du système. On oublie que ce cycle de développement repose avant tout sur une fiabilité irréprochable.

D’autres encore pointent du doigt des problèmes de communication : le site web de Debian serait ni moderne ni à jour. Je ne dirai rien de cette prétendue modernité. Par contre, s’il est un point sur lequel il est bon d’insister c’est la richesse du support (assistance) : documentation, listes de diffusion, wiki…


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