Tout est religion !

Depuis quelques temps maintenant, un bon nombre d’utilisateurs de GNU/Linux expriment bien des critiques sur mon engagement en faveur du Logiciel Libre : ma radicalité s’apparenterait à un intégrisme. Un échantillon ? Parcourez le blog de Cyrille Borne (avec qui il m’arrive de m’entendre… je le crois sincèrement engagé), les critiques (qui tiennent plus du “persiflage”) y sont récurrentes depuis la publication de mon article Free spririt ! Voir notamment cette discussion sur le format Flash.

Tout est religion

Cette condamnation pour intégrisme tombe comme un couperet, au nom d’une prétendue “liberté de choix”, un pragmatisme (bon sens, simplicité, efficacité et rendement immédiats, qualité ou avantage technique…) qui tente d’annuler ou de nier le rôle historique de l’idéalisme (ou utopie) à l’origine du système GNU tout autant qu’il le menace dans ses fondements.

Les discussions avec le pragmatique sont difficiles, parfois houleuses. Les dérives sont nombreuses, bien souvent parce le pragmatique use d’une terminologie approximative qui opère par glissement de sens ou analogie : son raisonnement va de la ressemblance (vague) à la généralisation (abusive).

L’exemple le plus frappant est encore sa conception de la liberté. Elle se fonde sur un relativisme radical, une sorte de pseudo-mystique orientale : la théorie du Grand Choix qui ne peut, à terme, qu’aboutir au Grand Rien.

Sous GNU/Linux, la liberté n’est pas une notion générale que l’on trouve dans le Petit Robert ou le Dictionnaire de l’Académie française. Elle est définie par les termes de la licence GNU GPL. Bien sûr cette définition a des conséquences sociales : elle régit des rapports au sein de la société (liberté de la connaissance, des échanges et de la collaboration).

Le projet GNU n’est pas établi sur une métaphysique : aucune explication des causes et des principes premiers, aucune promesse d’une vie après la mort. Le projet GNU n’est pas une porte pour un paradis quelconque. Non. L’adhésion au projet GNU n’est pas une entrée dans un ordre. Elle tient plus du respect et du soutien de principes philosophiques, une éthique de la connaissance et des échanges au sein de l’espace social.

Ce que l’on condamne volontiers sous le signe de l’intégrisme c’est le refus du compromis, c’est-à-dire une forme de réalisme intransigeant, une volonté “opiniâtre” de déranger le présent, de le modifier, une affirmation de ce qui est souhaitable et une invitation à l’action plutôt qu’une soumission au concret et l’expectative d’une espérance stérile qui mène à l’inertie sociale.

L’une des grandes forces de cette inertie, qui est aussi l’une des plus grandes faiblesses de la communauté du Libre parce qu’elle freine son essor, se trouve au sein même de la Communauté du Libre, ce sont ces utilisateurs de GNU/Linux qui jugent selon des critères de commodité, à court terme, plutôt qu’en terme de liberté. Ceux qui invitent les autres utilisateurs à installer des logiciels non-libres, ceux-là sapent le projet GNU dans ses fondements. On ne peut pas encourager les utilisateurs à s’orienter vers des logiciels non-libres et les dénoncer en même temps.

La question n’est pas tant de savoir si les gens ont ou pas le droit d’installer et d’utiliser des logiciels non-libres puisque le système d’exploitation GNU/Linux permet aux utilisateurs de faire ce qu’ils veulent. La question est plutôt de savoir si nous défendons ou menaçons le projet GNU en guidant les utilisateurs vers des logiciels non-libres.

Ce que chacun fait personnellement, dans sa pratique quotidienne, relève sa propre responsabilité. Ce que nous faisons pour chacun, en choisissant de diriger les utilisateurs vers des logiciels non-libres, est de notre responsabilité. Loin d’être une solution, le logiciel propriétaire est un problème.

La publication d’alternatives libres n’est pas une simple question de programmation. Des lois qui interdisent le développement de logiciels libres (brevets logiciels), notamment pour répondre à des besoins importants (lecture de DVD, écoute de flux RealAudio, contenus en format Flash…). L’un des seuls moyens (faites une action : signez la pétition !) que nous ayons aujourd’hui de nous battre contre ses formats de fichiers brevetés et secrets est de rejeter tout bonnement les programmes non-libres qui les utilisent.

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Tout article ou projet qui encourage ou soutient les avantages de la pratique, c’est-à-dire qui fait primer la commodité sur la liberté, en dirigeant les utilisateurs vers certains logiciels non-libres, renforce non seulement des valeurs de consommation mais agit à l’encontre de l’éthique du Libre. La résistance à cette force d’inertie est le seul moyen de la réduire et de la vaincre.

De tels compromis sont ruineux pour le projet GNU et le Monde Libre. Et l’utilisation du plug-in Flash en est un. Il faut les dénoncer et les rejeter, partout où ils s’expriment, pour défendre et préserver les valeurs du Monde Libre.

Trop d’utilisateurs de GNU/Linux se laissent séduire par ces compromis ruineux parce qu’ils n’ont pas conscience de l’éthique qui est à l’origine du développement de GNU. Pour soutenir la communauté Libre et combattre cette inertie sociale, il faut parler incessamment de logiciels libres et de liberté — et non seulement des bénéfices pratiques.

Il faut affronter ce type d’adversité avec détermination, tout en gardant en mémoire que le but est la liberté de coopérer et non la satisfaction du simple désir de logiciels puissants et fiables. Ce but et cette détermination émanent principalement du projet GNU.

On peut bien critiquer la radicalité d’un tel engagement pour sa véhémence, son opiniâtreté, voire son intolérance, mais il faut aussi et surtout se demander, par revers, ce que serait GNU/Linux sans.

Il y a quelques semaines, le Framablog a proposé une traduction de l’appel à soutenir la Free Software Foundation : En 2009 avec la Free Software Foundation.

Peter T. Brown en profite pour faire le point sur les nombreuses actions passées et les combats à venir : DRM, Vista, formats OGG et ODF, brevets, matériels… Autant de preuves du dynamisme et de la volonté sans faille de ses membres.

Help protect your freedom, join the Free Software Foundation


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