Le poids de la pub

Les lecteurs assidus de ce blog le savent bien : par chez moi, dans Les Comores, à Mayotte, il n’existe aucun abonnement Internet illimité. Chaque mois, ce qui est facturé c’est le trafic en up/download. Et, croyez-moi, c’est très très cher (voyez les tarifs sur le site de STOI). Autant dire que bien peu de gens peuvent se permettre une telle dépense. Pour nous autres, le poids de la pub que l’on trouve sur environ 56% des sites Internet augmente considérablement le coût de la consultation et donc l’accès à la connaissance et à l’information.

La pub sur Internet a fait son apparition en 1993. La première bannière publicitaire professionnelle a été réalisée pour le compte de l’opérateur américain de téléphonie American Telephone & Telegraph (ATT). En quelques quinze années, de l’achat d’espace ou de mots-clés à l’affiliation et l’e-mailing, les investissements publicitaires n’ont cessé de croître (avec quelques petits ralentissements de temps à autres, tout de même).

Aujourd’hui, aux États-Unis, elle représente près de 25 milliards de dollars ; en France, les annonceurs ont dépensé un peu plus de 2 milliards d’euros. On n’est plus à une centaine de millions près.

Imaginez un peu : 95% des e-mails envoyés sont des spams !

La place réservée à la pub sur une page web s’est considérablement élargie : les annonces occupent jusqu’à 32% de l’espace alors que la zone de contenu se réduit à 22%. Le reste sert à la navigation (menu…).

Côté réseau, le poids (ou la taille) des annonces a un coût au téléchargement des pages. Elles font croître considérablement le temps de chargement : plus de 3 secondes avec une connexion haut débit. Les annonces triplent la quantité de données téléchargées. Une page nécessitant, sans la pub, moins de 2 Mo de mémoire, a besoin de près de 9 Mo avec annonces.

Pourquoi ces pages web ont-elles besoin d’autant de mémoire ?

Quand on analyse, sommairement, ces pages on s’aperçoit qu’elles chargent de nombreux scripts. Prenons en exemple le dernier article de Philippe Scoffoni, le blogueur tendance du moment (aucune raillerie, Philippe, c’est juste pour citer l’article de Cyrille à l’origine de celui-là) : ce dernier article exécute pas moins de 17 scripts et télécharge 54 images ! Celui de Cyrille Borne est bien plus raisonnable : 5 scripts et 5 images.

Tous ces scripts s’exécutent malgré vous depuis la page visitée mais… Pour quoi faire ? À quoi servent-ils au juste ?

Certains font des choses bizarres : ils insèrent des images minuscules (1×1 px) et transparentes. Est-on réellement censé cliquer sur ces points ridicules ? D’autres ne sont que de simples annonces illustrées, des classements, des référencements, des statistiques… Il y a aussi ceux qui vérifient la présence de tel plugin qui doit vous permettre de visualiser les annonces dans tel format (Flash© souvent). En somme, rien de bien créatif.

Il y a aussi des scripts d’une tout autre catégorie : les trackers qui essaient d’obtenir autant d’informations que possible sur le visiteur (si la réception des cookies est activée), l’adresse de la page visitée, l’adresse de la page précédente, la résolution de l’écran… Ensuite, le tracker crée une image qu’il transmet à un serveur et il installe un petit cookie pour suivre l’utilisateur. Sympathique…

Ainsi, depuis le blog de Philippe, j’ai bloqué le script “google-analytics.com”. Blocage qui s’applique systématiquement dorénavant. Celui-là, c’est le visiteur de Google en matière de statistiques. En termes de protection de la vie privée, il est assez peu différent des autres trackers : au lieu de paramétrer un cookie sur les serveurs de Google, il le glisse sur le site visité. À supposer que cela ait un intérêt pour Philippe ou Cyrille que ce cookie soit stocké sur leur propre serveur. Reste que ce cookie n’en est pas moins utilisé pour suivre les utilisateurs.

Une telle débauche donne le vertige. 17 scripts et 54 images Philippe ! Résultat, le navigateur est sollicité en permanence et en téléchargement continu. Et puis, c’est bien connu, la mémoire c’est bon marché, n’est-ce pas ? Et, comme de bien entendu, chaque script installe son propre cookie afin d’identifier le visiteur et de le reconnaître lorsqu’il tombera la prochaine fois sur une autre de ces annonces… Impressionnant. Pourquoi tu nous fais ça Philippe ?

En lisant l’article de louiz’, j’en suis venu à me demander si c’est bien honnête d’user de tels procédés cachés pour capter nos précieuses informations personnelles. Est-ce bien régulier de récupérer toutes ces données sur la vie privée de ses visiteurs et de les matraquer de pub ? Je ne trouve pas ça très loyal.

La pub et tout ce fatras de scripts sont-ils si nécessaires au web ? Le web a bien existé sans, non ? Et certains s’en passent bien volontiers. Alors pourquoi d’autres en ont-ils besoin pour exister sur le web ? À commencer par ces parasites que sont les blogueurs professionnels, les presse-citron & Cie qui n’hésitent pas à contracter avec des sites de charme pour faire choux gras… Qu’apportent-ils ceux-là de si essentiel pour justifier un tel matraquage et la collecte de nos précieuses informations ?

Avant, au tout début du web, chacun assumait ses propres coûts de mise ligne. Sociétés ou particuliers. Ce qui est nouveau, c’est de faire payer à d’autres les frais engagés pour la publication de ses propres contenus, quand ils sont vraiment personnels, ce qui est au final assez rarissime. Ce qui est nouveau, c’est qu’en existant sur le web, en le polluant et en s’acoquinant avec des fripouilles qui récoltent nos informations personnelles, certains gagnent même de l’argent.

Alors, bien entendu, à partir du moment où il s’agit de faire l’argent (rémunération), le problème se pose tout autrement : qui paie qui et pour quoi (en deux mots) ? Qu’est-ce qui peut bien conduire certains à croire que ce qu’ils mettent en ligne justifie d’être supporté par d’autres ? Comment en arrivent-il à considérer ne pas avoir à payer eux-mêmes le contenu qu’ils mettent en ligne ? Il faudrait le leur demander parce que, pour ma part, à parcourir le blog “casse-bonbons” par exemple, je ne trouve aucune réponse.

Pour finir, si comme moi vous ne trouvez rien qui ne justifie cette pollution, que vous êtes tout aussi convaincu(e) de n’avoir pas à supporter vous-même le poids de ce fléau, installez Adblock Plus ! Vous allez voir, après son filtrage, on se sent vraiment plus léger !


À propos de cet article