Essai sur les Comores d’Alfred Gevrey

Ah ! la sérendipité sur Internet ! On ne cherche rien de particulier mais, de clic en clic, on trouve quelque chose d’intéressant…

C’est en lisant un petit article de Daria sur le passe-livre et les ebooks que, de lien en lien, je me suis retrouvé sur le site de Guy de Pernon qui propose, en téléchargement, quelques œuvres telles que : Lancelot de Chrétien de Troyes, une traduction des Essais de Montaigne… et un (très énigmatique, pour moi, cela va de soi) Essai sur les Comores d’Alfred Gevrey. Je ne connais ni l’auteur ni le texte.

Alfred Gevrey (1837-1907?) est né à Vesoul le 21 janvier 1837. Bachelier ès-sciences, licencié en droit, avocat au barreau de Vesoul, il fut nommé Juge Impérial à Mayotte le 21 avril 1866 sur recommandation de son grand-père, le Général de Brigade Correard. Il était alors sans cause et criblé de dettes, que son père, commerçant aisé, refusait d’honorer.

Il entra en fonction à Mayotte le 28 juillet 1866 où il séjourna deux ans avant de devenir procureur à Pondichéry (20 avril 1868), 1er substitut du procureur général de Saint-Denis de La Réunion (22 août 1873), puis procureur à Aurillac (1874). Il termina sa carrière comme conseiller à la Cour d’Appel de Grenoble. Il vivait encore en 1907.

Son Essai sur les Comores, daté de 1870, donne une image précise et sans complaisance de l’état des îles à l’époque, notamment Mayotte.

Aujourd’hui encore, il mérite d’être lu par tous ceux que l’histoire de la région intéresse.

Guy de Pernon a[vait] fait le choix d’une mise en ligne dans un format propriétaire, malheureusement archivé dans un format propriétaire (.sit) interdisant tout accès à l’essai d’Alfred Gevrey sous GNU/Linux.

Suite à mon mail, il a généreusement porté son exécutable pour GNU/Linux. Le format est toujours fermé mais l’œuvre est parfaitement lisible sur GNU/Linux.

Essai sur les Comores

L’essai de Gevrey est augmenté d’une introduction et d’annexes fort conséquemment documentées : traités, biographies, bibliographies commentées, etc. Un travail remarquable !

L’ouvrage d’Alfred Gevrey, qui fut juge à Mayotte entre 1866 et 1868, paru en 1870, est aujourd’hui encore, selon Guy de Pernon, une référence. Il contient une foultitude de renseignements sur l’archipel des Comores et, notamment, sur Mayotte. Extrait du chapitre III :

Mayotte, Mayotta d’après William Johnes, Aliola d’après Flacourt, Ayotta suivant quelques manuscrits et, avec l’article, M’ayota, est connue depuis la fin du XVI siècle sous le nom qu’elle porte aujourd’hui. A une époque très-reculée qu’il serait téméraire de préciser, elle fut peuplée par des noirs venus de la côte d’Afrique. De quel point de la côte venaient ces noirs ? Quel était degré de civilisation ? Il est impossible de le dire. On ne trouve, dans l’île, aucune de ces armes ni aucun de ces instruments de pierre, dont l’examen pourrait fournir de précieux renseignements. Les seuls indices de leur origine africaine sont 1° le nom de M’Chambara ou M’Zambara, donné par eux au Nord de l’île, qui est le nom d’une peuplade considérable de la côte de Mozambique ; 2° le sang éthiopique manifeste chez les Antalotes produits par le croisement des Sémites avec ces premiers habitants ; 3° le nom de Mahoris, Maouris. Maures, que portent ces Antalotes, comme les arabes croisés de la côte d’Afrique ; 4° enfin les traditions recueillies par les auteurs arabes, d’après lesquelles des émigrations de Zendjes et de Comr, peuples habitants la côte orientale d’Afrique, auraient formé la population des îles du canal de Mozambique. Angazidja, Anjouan et Mohéli furent habitées par des Arabes longtemps avant Mayotte ce n’est que vers le Ve siècle de l’hégyre, à la suite d’événements incertains, probablement la conquête d’Angazidja par les sultans de Kiloua, que quelques Arabes vinrent se fixer au nord de Mayotte, au point appelé M’Chambara dont ils firent M’Zambourou. Vers l’an 600 de l’hégire, dit un manuscrit, les îles d’Anjouan et de Mayotte ne formaient qu’un état. Il n’y avait pas de roi : des chefs commandaient les divers quartiers un chef avait le commandement des autres à Mayotte; il habitait à M’Zambourou. » L’arrivée des portugais à la Grande Comore vers 1505, occasionna une nouvelle émigration qui vint grossir la population. Elle fut augmentée, à la même époque, par l’arrivée d’une troupe nombreuse de Sakalaves commandés par Diva Mamé, un des chefs du Bouéni, venant de Katola (probablement le Taulang ou l’Itolle dont parle Flacourt), village de la baie de Bouéni, à la côte occidentale de Madagascar. Les Sakalaves s’établirent sur les bords d’une grande baie au Sud-Ouest de Mayotte et lui donnèrent, en souvenir de leur patrie, le nom de Bouéni qu’elle porte encore aujourd’hui. Ils y fondèrent un village qu’ils appelèrent Koïlé. Ce noyau grossit avec le temps et au moment de la conquête de Mayotte par Mohamed-ben-Haïssa, l’île était divisée entre les Arabes, établis au Nord et au centre, dans les villes de M’Zambourou, Chingoni et Sada, et les Sakalaves établis au Sud de Koïlé à Sazileh. Quant aux premiers noirs originaires de la côte d Afrique, des croisements avec les Arabes ou avec les Malgaches avaient profondément modifié leur type et leur caractère, et ils étaient devenus, pour la plupart, des Antalotes.

Le livre est aussi consultable, en ligne, sur Wikisource : Essai sur les Comores… mais sans le travail d’édition exemplaire entrepris par Guy de Pernon.


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