Petit précis de cyber-porcinitude
Plus on fréquente le cybermonde, plus on apprend à se détourner de certaines contrées blogofangeuses colonisées par cette nouvelle espèce mutante, cette sorte d’hybride proche de l’endive qu’est le cyber-cochon.
N’êtes-vous jamais tombé, même par hasard, sur le blog d’un de ces cyber-cochons ? Oui oui, le cyber-cochon est un être éduqué, il sait lire, il sait écrire (mal), il est formé pourrait-on dire, il a des revenus suffisants pour posséder un ordinateur, une connexion haut-débit, parfois même un hébergement pour son propre blog qu’il alimente régulièrement. De prime abord, son blog c’est même un vrai p’tit paradis : luxe, calme et volupté. Aucune colère, une ambiance agréable, gentillette, accueillante…
D’instinct grégaire, notre habitant-bulle vit en réseautage : ce cyber-social est de l’espèce communicante. Il inonde la planète virtuelle d’images porcines et de textes lardonneux qu’il échange à l’envi par mail et téléchargement, il blogue, il twitte, il fesse-bouc, il commente, se positionne, anticipe… il s’affirme bien volontiers, en la matière, comme l’incarnation du dynamisme et de l’efficacité. Bref, il communique (vous me pardonnerez le jeux de mots) sur (avec) son image expertement, il gère sa porcinité (image, réputation et capital) numérique chez Gougueul et autres boucheries binaires.
Notre cyber-mutant a le sens du relationnel, il le travaille : un sourire commercial (franchement niais), il se montre sensible, intelligent parfois, mièvre souvent, il s’exprime clairement, expose ses passions (banales), ses valeurs (de droite ou de gauche ? On ne sait pas bien le dire, tant le croisement avec l’autruche l’oblige à refuser l’étiquetage). Autant de caractéristiques qui l’assimilent à la catégorie des cyber-bobos.
En somme, le cyber-cochon est un cyber-étant assez… peu original, n’ayons pas peur des mots, bien qu’il soit très intimement convaincu du contraire. Parce qu’il faut bien le dire, le cyber cochon est un mutant sans aucune originalité, aucune personnalité, aucun talent, lisse, oui, un être virtuel dépourvu de tout relief. C’est même très certainement ce qui pousse le cyber-cochon à se tourner vers l’extérieur.
Au fond, le cyber-cochon est un être de douleur qui porte en lui comme une faille ontogénétique, une profonde blessure héritée, un mal-être clanique, une épouvantable, une effroyable mauvaise image de lui-même qui l’oblige à faire partie d’un groupe. Le cyber-cochon est tellement malheureux et si peu sûr de lui qu’il éprouve un insatiable besoin de se sentir aimé, entouré, rassuré. Plus le cyber-cochon se sent laid, moche, bête, nul, plus il a besoin de bisous. Et c’est là l’unique raison d’être de la tribu cyber-porcine. Les cyber-cochons s’aiment tous les uns les autres et se font tout plein de cyber-bisous en commentaires.
Mais ne vous y trompez pas, le cyber-cochon n’est pas réellement méchant, c’est même fondamentalement un gentil, un modéré, un cyber-positif : il aime ceux qui l’aiment et tous s’offrent, en veux-tu en voilà, tout plein de bisous (à charge de r’vanche).
On le voit bien, le clan cyber-porcin fonctionne sur un principe simple : « Tu me baises, je te baise. » Et, ils n’apprécient pas du tout qu’on vienne les déranger dans leur gentil petit bisouillage.
Inutile de vous y aventurer : ils ne veulent pas surtout pas être dérangés, ils ne tiennent pas du tout à se remettre en question. Seul leur importe le réconfort de leur tribu.
Alors prends garde, cybernaute ! S’il doit t’arriver de tomber au beau milieu d’une de ces séances de réciprocité débridée, ferme-les yeux sur les us et coutumes cyber-porcins ! Ne dis jamais rien de ce que tu vois, pas un seul mot sur ce que tu en penses ! Le cyber-cochon ne le supporterait pas.
Le cyber-cochon est une espèce très réactive, dangereusement épidermique. Sans sa ration de bisous, il est incapable de tendresse et de fantaisie, il devient féroce. Dangereusement incontrôlable.
Ne t’avise pas d’en offenser un ! C’est tout le clan cyber-porcin qui te prendrait en grippe.
Pour finir, aventurier cybernétique, si après ce que tu viens de lire, il te vient l’envie saugrenue d’en observer un, rappelle-toi que le seul moyen de l’approcher, c’est de le bisouiller. Il pourrait se leurrer et te reconnaître comme l’un des leurs. Si tel est le cas, n’oublie jamais de lui donner ce qu’il attend. Dans le cas contraire, rappelle-toi que le cyber-cochon est un être d’instinct qui ne réfléchit pas… fuis !
Je me dois de remercier très chaleureusement Sydney-v d’avoir porté à ma connaissance la toute récente publication (au format pdf) de la brochure (dites “e-book”, ça leur fera plaisir, ils auront l’impression que vous parlez le cyber-porcin), Cultivez votre identité numérique, un vrai guide pratique de cyber-porcinitude ! Sans cette référence, jamais un tel précis n’aurait existé.

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