Un article à caution sur Wikipédia : “Henri Meschonnic”

Voilà plus d’un an mon ami, Pascal Leray, m’invitait à discuter de la pertinence de l’article “Henri Meschonnic” sur Wikipédia.

Tant que nous en discutions sur la page dédiée, entre nous, rien ne s’est passé. Absolument rien. Personne n’a jugé bon d’accorder quelque importance à notre demande, pourtant motivée, de refonte ou de réécriture de cet article. La proposition de Pascal Leray est restée lettre morte. Rien ne semblait devoir troubler les contributeurs, les administrateurs, tout autant que les lecteurs : aucune pièce (citation, référence ou lien Internet) versée au dossier critique sur cet article n’a eu, manifestement, d’écho. La raison ? Les spécialistes nous ignoraient. Volontairement. N’ont-ils jamais cliqué sur l’onglet “Discussion” avant qu’il nous prenne l’envie de toucher à leur chasse gardée (le corps de l’article lui-même) ? Nous ne le saurons probablement jamais. Ils n’en diront probablement rien. Directement. Le théâtre des opérations était ailleurs et nous n’en savions rien.

Il aura suffi d’un mot d’un seul… « polémiste », inséré dans l’à propos de l’auteur, pour réveiller les crocodiles. Je n’ai pas compté le nombre de fois où j’ai dû rééditer cet article pour y réinsérer le mot « polémiste » et le lien avec l’article de Jean-Michel Maulpoix. Je n’en sais rien. En revanche, au dernier retrait sans commentaire ni justification, le 22 avril dernier, mon sang n’a fait qu’un tour : j’ai vu rouge. J’ai demandé des explications à Louis Garden, l’auteur de cette amputation :

Bonsoir, j’aimerais bien comprendre pourquoi vous supprimez mes modifications de l’article de Meschonnic. Il y a un onglet “discussion” où mes modifications sont argumentées/motivées. Expliquez-vous !

Vous ne trouverez pas trace de la discussion qui a suivi sur la la page de discussion de Louis Garden. Mais j’ai pris soin de tout copier sur la page de discussion liée à l’article “Henri Meschonnic” (et sur ma machine, histoire de…). Pourquoi ? Louis Garden a choisi une stratégie plus que douteuse. Tout est archivé, dit-il, dans l’historique de sa page. Rien n’est effacé. Tout est là :

Je le répète et l’effacement de mes précisions n’en retire pas la réalité.

Et quelle réalité ! Essayez voir d’y comprendre quelque chose à cet échange, d’effacement en effacement, de modification en modification, de version en version. Impossible. En réalité, seule reste la cohérence voulue par Louis Garden. Très habile. Et il ne lésine sur rien l’animal.

En revenant sans cesse sur l’échange (sur ses propos comme sur les miens) pour le modifier, il n’hésite pas à dénaturer ce que dit/écrit son interlocuteur, à tout moment :

Comment qualifier vos agissements ? Quel mot utiliser pour nommer les modifications que vous faites sur la page de discussion de l’article “Meschonnic”, alors que je suis en cours d’édition ? Saccage ? “Puérilité” serait plus indiqué.

En guise de discussion, ce que Louis Garden entend maintenir sur la page définitive c’est le texte qu’il réécrit sans discontinuer ! Au final, que peut-on lire ? Un bidouillage où l’homme se donne le rôle de la victime :

Je ne tomberai pas dans le piège grossier de la provocation par qualificatifs dépréciatifs ne visant qu’à fabriquer de toutes pièces une polémique qui n’en est pas une, car, faut-il le rappeler : je ne suis intervenu, sur une intervention signée Zarer, qu’UNE seule et unique fois en tout et pour tout [...] une intervention annulant la mienne précédente, un bien faible prétexte pour des commentaires bien longs…

Quelle était cette annulation ? Le mot « polémiste » ! Mais pourquoi diable ?

Effectivement M. Louis Garden, vous n’êtes intervenu qu’une seule fois dans l’article lui-même, sur l’un de mes ajouts, pour supprimer le mot « polémiste », comme vous l’a demandé M. Serge Martin [Le même qui prétend me révéler à moi-même ma xénophobie. Voir le commentaire n°9] avec la justification précisée ci-dessous. Quand nous en avons discuté tous les deux, vous n’avez aucunement voulu tenir compte des justifications que j’ai apportées, au prétexte que les spécialistes (en la personne de Serge Martin, si l’on s’en tient à la discussion à laquelle vous renvoyez) et vous-même aviez entendu de l’auteur qu’il se refusait à cette qualification. Effectivement. Par contre, alors que j’étais en train de reprendre sur cette page la discussion que nous avions eue sur votre espace personnel, vous vous amusiez à insérer des : sur sa page discussion qui n’est en aucune façon un BLOG. N’est-il pas vrai ? Quel jeu jouez-vous ? Est-ce cela l’esprit encyclopédique dont vous vous réclamez ? N’est-ce pas plutôt basse manœuvre pour limiter sinon interdire toute approche critique sur cet article qui ne serait pas de votre cru et de celui de la chapelle meschonicienne qui vous a commandé de supprimer certain mot et certain article ?

Je le répète M. Louis Garden : vous ne connaissez pas le dossier sur lequel vous intervenez. C’est un esprit batailleur, querelleur qui traverse toute une œuvre que d’aucuns veulent voir présentée comme entreprise critique d’un seul tenant alors qu’elle a usé, plus qu’il ne l’aurait fallu pour le taire, de procédés rhétoriques des plus douteux pour discréditer bien des auteurs : jeu de mots sur le patronyme, argument ad hominem, reductio ad hitlerum [s'il faut un exemple, voyez l'article de C. Lanzmann]… le catalogue des tours rhétoriques utilisés par Meschonnic (et sa suite) n’a d’égal que la longue liste des auteurs sur laquelle il s’est acharné… Et ses disciples de ronger encore leurs os. Voyez l’Entretien (paru dans Missives en juin 2007 et publié sur le site des Éditions Verdier) que le « polémiste » a accordé à Antoine Jockey. Et ce ne sont là que menus exemples… Dans son hommage, Pierre Assouline ne manque pas de rappeler l’absence de « compromis » et de « tolérance » qui ont valu à Meschonnic bien des inimitiés.

Pourquoi faut-il réécrire cet article sur Henri Meschonnic ?

Contrairement à ce que M. Louis Garden et l’église meschonnicienne voudraient laisser croire, il ne s’agit pas d’une simple querelle de mots (critique/polémiste), d’une seule insertion dans le corps d’un article mais bien plutôt de provoquer une distanciation « critique » nécessaire à l’esprit encyclopédique. La stratégie mesquine de ces médiocres tente d’en masquer l’importance et l’intérêt.

Les liens donnés, les quelques références insérées, ça et là, le mot « polémiste » et son rejet par la chapelle Meschonnicienne, comme le lien refusé avec l’article de Maulpoix, tout cela n’est qu’un indice, un excès d’information, écrivait R. Barthes, qui devrait troubler l’esprit du lecteur attentif, éveiller son soupçon. Et ce ne sont là que menus exemples, face à l’ampleur de la « mise en perspective » (Pascal Leray) qui reste à faire.

Pour vous en convaincre, lisez les deux seules premières phrases de la première partie intitulée “Une aventure intellectuelle qui tient ensemble poème, traduction et essai” :

Henri Meschonnic a enseigné longtemps la linguistique et la littérature à l’Université Paris VIII. Poète, traducteur de la Bible, essayiste, il a proposé une anthropologie historique du langage qui engage la pensée du rythme dans et par l’historicité, l’oralité et la modernité du poème comme discours et du sujet comme activité spécifique d’un discours.

Ce très court extrait, mais on pourrait reproduire la même expérience sur l’ensemble de l’article, n’est qu’un tissu d’emprunts à l’écriture de Meschonnic : syntaxe et formules (ce qui est en gras). Est-ce là le seul « génie » d’Henri Meschonnic dont parle Gérard Dessons qui, très lucidement, reconnaît combien ce psittacisme est un « risque » d’« affaiblissement des idées », de « déconceptualisation des concepts » et de « perte de leur efficience première ». Bel aveu. Belle autocritique. Enfin.

Parce qu’enfin, je défie le lecteur ignorant l’œuvre (des débuts jusqu’à Critique du rythme / Anthropologie historique du langage) d’y comprendre quelque chose à cet article.

Que dire de la deuxième partie (”La théorie du rythme comme anthropologie historique du langage”) ? Quand on sait combien Meschonnic s’est efforcé de redéfinir chacun des concepts utilisés par l’épigone qui l’a écrite : oralité, sujet, rythme, historicité, poème… Aucune référence précise, aucune citation exacte qui ne permettent d’en saisir la provenance ni les enjeux.

S’il est bien un tour de la pensée meschonnicenne qui ait échappé à l’auteur de cet article, c’est sa pointilleuse “manie de la référence” !

Pascal Leray écrivait, au début de cette page de discussion sur Wikipédia : « Cet article pèche par mimétisme. Il a été rédigé par un admirateur du critique, qui ne met pas l’apport du théoricien en perspective. » Influences, apports et enjeux.

Parmi les influences Pascal Leray donnait Roman Jakobson, Youri Tynianov, Youri Lotman, Paul Claudel, Jean Grosjean (je me suis contenté d’ajouter l’extrait de l’entretien qu’il nous avait accordé). Mais c’est bien peu. Trop peu. Il faudrait en ajouter un très grand nombre. Rien sur L. Haltusser, Jean Piaget, L. Tesnier, Edouard Sapir et Benjamin Whorf (leur si fameuse hypothèse)… Ce n’est là qu’un modeste, très modeste début, un frémissement…

Ce que l’on réclame enfin, en hommage à Henri Meschonnic, c’est la critique de la critique.

Au regard de la discussion qui s’est engagée sur la qualité et la nature même de l’article “Henri Meschonnic”, en l’absence de références précises et de citations exactes, au vu des pratiques plus que douteuses (retraits sans justification sinon personnelle et affective) qui visent à disqualifier tout apport distancié (nécessaire à l’esprit encyclopédique), l’article vient enfin d’être réévalué, avec l’apposition d’un appel à la vigilance de la part d’un administrateur de la Wikipédia francophone, DoctorCosmos. Merci.


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