Quelques bonnes raisons de ne pas utiliser GNU/Linux

— Certes, je sortirai, quant à moi, satisfait
D’un monde où l’action n’est pas la sœur du rêve…

Charles Baudelaire

Sur Internet, nombreux sont les articles de prosélytes, souvent acquis à la cause de « Linux » après une installation d’une Ubuntu, la distribution de Linux en chocolat, vantant à qui mieux mieux les mérites du système d’exploitation adopté quelques semaines plus tôt. On comprend sans peine cet enthousiasme : la découverte du Monde Libre à quelque chose de grisant. On partage un peu moins, en revanche, cet élan qui voudrait voir, à l’instar de la roadmap d’Ubuntu, GNU/Linux sur tous les bureaux. Et qui plus est, sur celui de Madame Michu : « Le système doit devenir de plus en plus convivial… et remplacer… »

Comme Cyrille Borne, pour qui c’est un leitmotiv, on peut légitimement se demander si GNU/Linux est réellement fait pour tout le monde. Ce qui revient à se poser la question : qui peut utiliser GNU/Linux ?

Je me doute bien que pareille question à de quoi surprendre. Quand on télécharge puis installe une distribution de GNU/Linux, généralement, aucune alerte ne permet de se reconnaître ou non comme l’utilisateur cible de la distribution téléchargée. D’autant que certaine distribution en vogue s’évertue à laisser croire que même Mme Michu pourrait l’utiliser au quotidien sans aucun effort ni soutien d’aucune sorte.

À lire la déferlante de commentaires postés sur une récente série d’articles de Cyrille Borne, notamment sur celui-là (les articles que Fred Bezies a consacré à Ubuntu n’y font pas exception), on peut aussi se demander si ce que cherchent les nouveaux utilisateurs d’Ubuntu c’est réellement un système d’exploitation Libre ou, comme le fait remarquer Cyrille Borne, un autre Windows, un Windows gratuit, un Linux comme Windows, un Linux avec tout ce qu’ils ont l’habitude d’installer après, le plus souvent, l’avoir volé pour continuer à sous-utiliser leur rapine, bien entendu.

Lorsque l’on fréquente les blogs, les forums et certaine liste de diffusion sur Linux, on est stupéfait par le nombre d’utilisateurs qui se plaignent, plus ou moins directement, de ne pas retrouver leurs outils habituels. Beaucoup ont migré sous GNU/Linux dans l’espoir de trouver une version libre de Windows. Vainement, cela va sans dire. Peut-on avoir du même avec du différent ? Le zélateur qui les aura dirigés vers GNU/Linux les aura certainement convaincus avec l’idée que Linux est meilleur que Windows. Meilleur quant au coût, aux performances, au choix, à la sécurité… aucun doute. Mais logiquement, un objet ne peut être meilleur qu’un autre tout en lui étant parfaitement identique. Une copie parfaite peut être égale à l’original mais elle ne pourra jamais le surpasser. Ainsi, si vous donnez à GNU/Linux une chance d’être meilleur que votre ancien système d’exploitation, vous ne pouvez qu’espérer, logiquement, qu’il en sera aussi différent. Malheureusement, lorsque le raisonnement initial est faux, les premiers pas sous GNU/Linux ne peuvent pas mener bien loin. Et c’est un fait, beaucoup jugeront les différences entre les deux systèmes d’exploitation comme un échec… à mettre au compte de GNU/Linux, sans même s’apercevoir que ce qu’ils espèrent n’est pas de ce monde.

Prenons un exemple simple : la mise à niveau des drivers ou pilotes. Généralement, sous Windows, on installe le nouveau driver d’un matériel (imprimante ou autre) en le téléchargeant depuis le site Web du fabricant. Sous GNU/Linux, il n’est nullement besoin de se rendre sur quelque site que ce soit ; la mise à niveau du driver se fera avec une mise à jour du noyau Linux. Cette mise à niveau vous apportera les tout derniers drivers disponibles pour la distribution que vous avez installée ; ces drivers pourront bien ne pas être les tout derniers disponibles pour une autre distribution, comme ils seront certainement différents de ceux proposés par le fabricant… si toutefois le fabricant en propose pour GNU/Linux. Notez-le bien, ce cas est assez peu probable. Vous le voyez bien, le processus de mise à niveau est très différent d’un système à l’autre. Très certainement plus sûr sous GNU/Linux. Mais beaucoup se plaindront qu’une telle procédure changera leurs habitudes.

Un autre exemple plus facile à comprendre. Considérez Firefox, le meilleur navigateur Internet du monde, l’une des success-story du Libre et des plus connues. Sa réussite tient-elle de la pâle imitation d’Internet Explorer, le navigateur le plus répandu mais aussi le plus mauvais du monde ? Non, certainement pas. Il est meilleur qu’Internet Explorer parce qu’il s’en est toujours distingué (navigation par onglets, signets RSS, barre de recherche intégrée, support du format png, foultitude d’extensions et bien d’autres choses toutes aussi merveilleuses). Prenez la seule fonctionnalité de recherche d’une occurrence sur une page Web en cours de consultation (que j’ai expérimentée il y a quelques jours bien malgré moi). Ce champ de recherche, sous Firefox, est en bas à gauche, la recherche se fait en cours de frappe et l’absence de résultat change la couleur de fond du champ de recherche.

Pendant très longtemps, Internet Explorer n’a jamais eu d’onglets ni aucune fonctionnalité pour les flux RSS. Que dire de ses barres de recherche ! Petit à petit, Internet Explorer s’est mis à niveau en copiant la concurrence. Mais que propose-t-il de réellement différent de version en version ? Si Firefox n’avait été qu’un simple clone d’Internet Explorer, il serait tombé dans l’oubli depuis belle lurette. De la même manière, si GNU/Linux n’avait été qu’une simple copie d’un autre système d’exploitation, la même chose se serait produite. On ne peut être meilleur qu’en se différenciant. Parfois, les différences sont telles que la comparaison n’a plus même de sens.

Reformulons notre question initiale : Tout le monde peut-il utiliser GNU/Linux ? La réponse, vous vous en doutez bien, est non.

Pareille position en surprendra plus d’un mais je ne crains pas d’affirmer que Windows offre à bon nombre d’utilisateurs le meilleur des systèmes d’exploitation. Le meilleur parce qu’il les rend tout simplement heureux, il les satisfait. Un jour, peut-être, quand ceux-là seront fin prêts, ils feront le switch. Ou jamais. Pourrions-nous vivre ensemble, en société, si nous n’étions pas dupes les uns des autres ?

Quel que soit l’effort ou le mérite des évangélistes qui vous diront le contraire, il y a des circonstances où l’utilisation de GNU/Linux ne se justifie pas.

La première, vous l’avez compris, tient à l’identité du système d’exploitation : ceux qui cherchent à installer Windows sans Windows ou, ce qui revient au même, GNU/Linux pour Windows, ceux-là s’égarent.

Cela étant dit, on peut sans grand mal, trouver quelques autres bonnes raisons de ne pas utiliser GNU/Linux… tout comme il y en a de très bonnes de ne pas utiliser le coffre de sa voiture comme congélateur ou sa raquette de tennis pour faire cuire un steak.

Voici donc quelques bonnes raisons de ne pas utiliser GNU/Linux :

1. Vous utilisez un traitement de texte pour écrire de temps à autre une lettre aux impôts, faire vos cartes de vœux, une fois l’an tout au plus, pour noter pêle-mêle, çà et là, quelques idées, etc., et vous trouvez le logiciel qui était installé à l’achat de votre machine plutôt bien fait, avec ces petits boutons partout, très ergonomique quoi. Vous ne voyez pas trop bien pourquoi vous en changeriez et surtout pourquoi il n’est pas installé par défaut sur la distribution GNU/Linux que vous venez d’adopter.

2. D’ailleurs, vous ne comprenez pas bien pourquoi vous devriez changer quoi que ce soit sur l’ordinateur que vous avez acheté tout récemment. Cette machine est censée vous faciliter la vie non vous la compliquer. Même si votre machine connaît des ratés de temps à autre, à cause des virus vous a-t-on dit, elle est le plus souvent opérationnelle. Pourquoi modifier quoi que ce soit ? Les choix qui ont été faits par défaut doivent être les meilleurs.

3. Vous trouvez normal que votre logiciel préféré, le traitement de texte qui était installé à l’achat de votre ordinateur, ne puisse pas lire le document que vous aviez produit avec la version précédente, celle que vous utilisiez sur votre ancien poste informatique. Vous pensiez même acheter prochainement la toute dernière version de cette extraordinaire logiciel que vous aimeriez utiliser sous GNU/Linux. Il vous semble même tout à fait normal que cette nouvelle version de ce logiciel vous oblige à changer de système d’exploitation, voire même que la même nouvelle version dudit système d’exploitation vous oblige à changer d’ordinateur et que votre nouvel ordinateur… En fin de compte, vous ne savez pas très bien ce qu’est un système d’exploitation (parce que vous êtes sous MacOS) ou plutôt vous ne savez pas quelle est exactement la version de système d’exploitation (parce que vous êtes sous Windows) et puis, dans le fond, ça ne vous intéresse nullement de le savoir.

4. La souris ? Vous l’utilisez aussi souvent que possible. Votre clic ! clic ! à tout rompre vous procure une satisfaction intense, résultat de votre maîtrise sur votre environnement de travail. Vous n’imaginez même pas que l’on puisse s’en passer.

5. On vous a dit que Linux c’était compliqué et les quelques fois où vous avez observé votre ami geek, le gars qui s’y connaît en informatique, vous vous êtes dit : « Quelle prise de tête ! c’est pas tellement convivial tout ce fatras de lignes de code incompréhensible. Il faut vraiment être cinglé pour prendre un plaisir quelconque à manipuler tout ça ! » D’ailleurs, vous avez une aversion certaine pour tout langage de programmation et il est totalement exclu qu’un jour vous acceptiez, même si c’est vital pour votre machine, de taper la moindre ligne de code.

6. Vous ne savez pas où se trouve la touche ~ sur votre clavier et vous ne voulez pas le savoir.

Si vous vous reconnaissez dans l’une des trois premières catégories, mieux vaut vous contenter de votre système actuel et ne jamais installer GNU/Linux.

Pour le reste, ce n’est pas si grave. Pour utiliser GNU/Linux au quotidien, votre souris fera l’affaire. Nul besoin d’apprendre quelque langage de programmation. Dans ce cas… Bienvenue dans un monde différent ! Et rappelez-vous que là où GNU/Linux vous paraît familier et identique à ce que vous connaissez, ce n’est pas nécessairement parce qu’il s’agit d’une reprise ou d’une amélioration.

Au fait, le signe ~ peut être obtenu en pressant simultanément la touche “Alt Gr” (à droite de la barre d’espace) et la touche “2″.


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