Newsbeuter & le vacuum du Web
Attention ! Contrairement à ce que le titre pourrait laisser croire, cet article n’est pas complètement geek ! Même s’il faut bien le dire : seul un authentique fondu, un barbu du terminal peut avoir l’idée saugrenue d’utiliser un lecteur de flux RSS en mode texte !
Un lecteur de flux RSS ? Le mode texte ? Ça ne vous dit rien ? Bon… je ne vais pas entrer dans le détail. Comme cet article n’est pas un didacticiel à proprement parler ni même complètement geek, un petit détour s’impose, juste deux trois mots sur le flux RSS, comme ça vous ne pourrez pas dire que vous avez perdu votre temps.
RSS désigne une famille de formats utilisés pour la syndication de contenus Web.
Ce standard est utilisé pour récupérer les mises à jour d’informations qui changent régulièrement, qu’il s’agisse de listes de tâches dans un projet, d’actualités (presse), d’articles sur un site ou un blog…
Pour recevoir ces mises à jour, l’utilisateur doit s’abonner aux flux à l’aide d’un logiciel ou agrégateur. Un tel logiciel permet de suivre plusieurs flux en même temps et de consulter rapidement les dernières mises à jour, sans avoir à se rendre sur les sites Web.
En clair, plus besoin de consulter un à un vos sites préférés depuis votre navigateur Internet : une fois les adresses des flux RSS entrées dans le logiciel, toutes vos sources d’informations y sont agrégées. Pour installer un lecteur RSS graphique (avec des boutons pour cliquer !), reportez-vous par exemple à la modeste liste du site Framasoft.
Vous commencez, j’imagine, à entrevoir tout l’intérêt d’un lecteur de flux RSS : ne pas visiter un site qui ne connaît aucune mise à jour et, bien entendu, récupérer l’information toute fraîche dont vous avez besoin pour vous nourrir. Aliment assez rare, il est vrai ; je ne parle pas des non-évènements, comme la énième annonce de la sortie officielle de la énième version d’Ubuntu et de ses ricochets sans fin sur les blogs et les Planets. Dans le dernier déluge ubuntien semestriel, que retenir ? Je ne vois guère que l’article de Cyrille… On pourrait multiplier les exemples sur un bon nombre de sujets d’actualité, le résultat serait semblable. Un autre tout de même qui court depuis des semaines : le délit de secours aux clandestins. Une seule source est réellement digne d’intérêt : le blog de Maître Eolas qui taille un costume sur mesure à Éric Besson.
Mais bon, le propos n’est pas là. Revenons à nos moutons… Newsbeuter donc. Pour faire court, le plus simple c’est encore de le dire comme ça : Newsbeuter, c’est… comme Mutt ! Quand on s’y est essayé, qu’on s’est taillé un fichier de configuration dans la dentelle, on ne peut plus en revenir. Newsbeuter est à ranger dans la catégorie des logiciels qui changent votre vie. Il vous change. Radicalement. Oui… autant Mutt est capable de bouleverser votre utilisation du courrier électronique, autant Newsbeuter vous fera redécouvrir le Web. L’un est au mail ce que l’autre est au flux RSS.
Avant Newsbeuter, pendant des heures, je passais (depuis mon navigateur Internet) en revue les quelques 70 sites/blogs/planets (ou un peu plus) auxquels je suis accoutumé, en quête de la petite perle qui donnera sens à mon vagabondage. La bonne affaire, c’est qu’il y en toujours une… ou deux, de ci de là. Il suffit juste de tomber d’ssus !
On a beau s’en plaindre, se récrier contre, l’habitude d’une dépendance en fait perdre le sentiment.
Le revers de la médaille, parce qu’il y en a un, c’est que Newsbeuter est (presque) trop efficace : plus d’images et de vidéos (flash, naturellement, beurk !) lentes à charger, plus de scripts et autres cochoncetés malveillantes, plus de gadgets à la mode (Twitter & Cie), plus de mises en page superflues qui alourdissent le consultation… Newsbeuter me rend le net (presque) ennuyeux, il le dépouille : quelques dizaines de minutes suffisent à faire le tour de mon périmètre et laissé, çà et là, quelques traces (parfois) de mon passage. Une fois cette masse de sites réduite à son contenu le plus essentiel, le texte le plus nu, ce qui reste c’est (trop souvent) une uniformité et un conformisme redondants, un vide entre le réseau et le butineur, une sorte de vacuum que Newsbeuter fait paraître au grand jour. Déroutant. Au sens propre. Quand je dis que Newsbeuter vous change le Web, je veux que ce qu’il vous montre du Web, vous en détourne. Littéralement.
Newsbeuter nous fait payer notre négligence au prix fort. On encaisse assez mal le très lourd tribut de nos complaisances. Et là encore, les exemples sont légion. Mais, je m’abstiens. Je ne mange pas de cailloux !
Dans un billet récent, Daria se demandait, très brièvement, si le blogue n’était pas en passe de se twittiser, se phrasillonner… Ce qu’on ressent, en effet, face à ce flux mis à nu, c’est la brutalité de sa misère, sa futilité (pour reprendre un mot de Daria), bien plus que la variété dont on se leurre dans l’instant.
Tout est plus lassant qu’on peut le dire, l’œil a trop à voir, l’oreille a trop à entendre. Mais il n’y aura que ce qu’il y a eu, on ne fera que ce qui s’est fait, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. On a beau nous dire : voilà du nouveau, il y a longtemps que cela s’est fait. On ne se souvient pas des anciens, on ne se souviendra pas plus des suivants.
L’Ecclésiaste, I, 8,
traduction de Jean Grosjean,
in Les versets de la sagesse,
Philippe Lebaud Éditeur, 1996.
Une petite capture d’écran devrait faire l’affaire.

Pour l’anecdote, le nom du logiciel, “Newsbeuter“, est un jeu de mots sur l’allemand Wildbeuter qui signifie « chasseur-cueilleur ».
Il y a longtemps, bien longtemps, dans des âges reculés que beaucoup ont oublié, l’Homme chassait et cueillait sa nourriture.
Au cours des temps, toutes les fonctions de cet animal se sont transformées. L’antique définition, répétée de siècle en siècle, l’homme est un animal raisonnable, ne doit donc pas être entendue comme si l’on disait que l’homme est un animal, plus la raison, mais en ce sens que l’homme est un animal transformé par la raison.
De nos jours, dans bien des endroits du monde, la nature de sa quête a changé : l’Homme traque la nouvelle, la “news” qui se tapit aux confins du Web.
Quand on ne le nourrit pas comme un pied, l’Homme mange avec sa tête.
« La grammaire comparée, écrit Émile Benveniste, de par sa méthode même, conduit à éliminer les développements particuliers pour restituer le fonds commun. Cette démarche ne laisser subsister qu’un très petit nombre de mots ». Il n’y aurait aucun terme commun pour désigner la religion, le culte, le prêtre, aucun pour les dieux personnels. Il ne resterait en somme au compte de la communauté que la notion même de « dieu », attestée sous la forme *deiwos dont le sens propre est « lumineux » et « céleste ». En cette qualité, le dieu s’oppose à l’humain qui est « terrestre ». Tel est le sens du mot latin homo.
Psakás, « pluie fine », a pour dérivé psákalon « le petit nouveau-né d’un animal » (hominidé compris). Étrange, non ? Cette relation s’éclaire si l’on considère le tout jeune animal comme une légère gouttelette de pluie toute fraîche qui se dépose sur la terre.
Comment cette humeur fécondante tombée du ciel peut-elle donner naissance à quoi que ce soit si elle ne rencontre jamais la terre ferme et se perd dans un puits sans fond ?
Quelques ahans d’un corps à corps avec la pluie ne valent-ils pas tous ces écroulements hébétés sur le clavier ?
À propos de cet article
Titre : Newsbeuter & le vacuum du Web
- Publié le :
- 01.05.09
- Catégorie :
- Internet, Logiciels Libres, Quelconque, geekeries, guru -e, guru -f, guru -p

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