Bannir la police “Comic Sans”

Il existe de mauvais types et de bons types, et toute la science et l’art de la typographie commence quand la première catégorie est supprimée (Beatrice Warde).
Qui ne connaît pas la police (ou fonte) de caractères Comic Sans MS ? Qui d’ailleurs ne l’a jamais utilisé dans un rapport, une lettre… ? Peu savent, en revanche, que cette police de caractères fait l’objet d’une campagne pour en limiter l’utilisation au quotidien : ban comic sans.
De l’aveu même de son créateur, Vincent Connare, « Si vous l’aimez, vous ne connaissez pas grand-chose à la typographie ».
Pourquoi cette compagne contre la police Comic Sans ?
D’abord, c’est sur le site de Bertrand que j’en ai pris connaissance. Quoi de plus normal que sur un site consacré à LaTeX (système logiciel de composition) l’on s’intéresse à la typographie.
La police Comic sans, conçue à l’origine pour les bulles des bandes dessinées, a été publiée en 1995 par… Microsoft. Depuis, la police Comic Sans s’est répandue comme une épidémie. On la trouve utilisée, sans discernement, dans de nombreux domaines, de la signalétique des restaurants aux celle des hôpitaux ou de la police, tout autant que dans le courrier administratif ou les sujets d’examen, sans même que l’on s’interroge sur la correspondance entre la police de caractères et la tonalité du texte.
Une police de caractères a du sens. Et la police Comic Sans est, de par son dessin, souvent en contradiction avec la nature même de ce qui écrit. On ne se présente pas à un enterrement en costume de clown. Cela dit, comme s’en défendait Vincent Connare, que peut-on contre le mauvais goût ?
Le dessinateur de la police Comic Sans, Vincent Connare, reconnaît lui-même qu’elle n’a pas été initialement conçue pour devenir une police de caractères à usage général mais pour le lettrage dans un style “dessin animé” des interfaces des logiciels à destination des enfants.
De l’avis de Dave Gibbons, le célèbre dessinateur (Judge Dredd, Doctor Who, Watchmen…) qui a inspiré Vincent Connare, la police Comic Sans est « tout simplement une honte [...], un vrai bordel » : « Je pense que c’est une forme particulièrement laide de lettre. » Rien de plus « horrible », selon lui, que cet « I majuscule avec les barres ». Les critiques de Dave Gibbons rejoignent celles des typographes.
Je ne rentrerai pas dans ces considérations de spécialistes. Mais tout de même… la typographie a ses traditions et ses normes établies et confirmées de longue date. De la composition de l’époque de Gutenberg à celle de l’ère numérique, l’art d’imprimer exige le respect de certaines règles et caractéristiques. Ces caractéristiques font sens, comme dans le ton de la voix parlée que l’on adapte à la situation.
De toute évidence, la police Comic Sans est appropriée à l’expression d’une certaine naïveté, de l’irrévérence ou la sottise… elle l’est bien moins dans un formulaire de renouvellement d’une pièce d’identité ou l’annonce d’un événement tragique. Sa généralisation est abusive.

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