No shoes !
La semaine dernière, j’étais à Tananarive. Pareil voyage peut vous dégrossir la cervelle et changer la perception que vous avez du monde.
Une semaine à Tananarive comme un mois. Extraordinaire. Le temps, comme l’ensemble de nos perceptions et de nos sensations, est une donnée relative de l’expérience. Une construction qui, par son immédiateté apparente, peut nous leurrer. Plus l’expérience est riche plus le temps prend de l’épaisseur, de la consistance. Bien évidemment, cette donnée se mêle aux autres données de l’expérience et lui donnent toute sa densité.
Cette perception du temps, de sa relativité, n’a jamais été chez moi aussi immédiate, aussi évidente que sur les hauteurs de la colline royale d’Ambohimanga, site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Ambohimanga est un voyage dans le temps, non par l’histoire des lieux, une reconstruction, mais par la permanence de l’histoire, sa vivacité.
Sur la colline d’Ambohimanga se mélangent, pêle-mêle, pèlerins et touristes. Pour autant, si Ambohimanga est une merveille pour carte postale, c’est avant tout un lieu de culte ; son enceinte est jalonnée de pierres levées recouvertes d’un sang frais, un sang sacrificiel.

Cheminant sur le site, je me suis trouvé face à un panneau qui d’abord laissé perplexe…

Je méditais devant et très rapidement, j’ai associé ce panneau à mon blog, à mes échanges avec la communauté Libre francophone et me suis dit que j’allais en faire le “slogan” de mon site : « No shoes ». Pourquoi ?
La réponse est tout entière dans le dernier billet que Cyrille Borne m’a consacré.
Le monsieur s’est senti insulté par mon article sur la liberté logicielle, insulté, diffamé même et, plus encore, persécuté. Et voilà notre homme, sous le fard de la vierge effarouchée, de crier à tue-tête que ses libertés fondamentales seraient bafouées :
[Qu']on respecte au moins la liberté qu’ont les gens d’utiliser le système d’exploitation de leur choix. [...] La philosophie qui devrait dominer l’ensemble est avant tout celle qui est basée sur le respect des individus et sur l’échange, le vrai, pas la domination de l’autre pour le convertir devant le bûcher, les temps actuels sont durs pour.
La liberté, monsieur Borne, est un fait non un choix. On est libre ou pas. On ne choisit pas d’être libre, comme on ne choisit pas plus de refuser les égoïsmes et les lâchetés de la société civile, de refuser d’abdiquer devant les impostures qui prétendent aller de soi, de refuser la résignation, de refuser les pseudo-guides qui veulent nous décharger de la lourde et pesante responsabilité de donner une direction générale à notre conduite, même en informatique.
L’échange vrai, selon monsieur Borne, c’est lynchage en bande organisée qui se pratique sur son forum, une incessante mise à nu, la vulgarité (pensée, blagues pipi-caca…), son droit de réponse, le droit à l’oubli pour lui-même quand il se fait remettre en à sa place. Un échange vrai ?
Et d’ailleurs… pourquoi, pourquoi vouloir avec autant d’insistance faire disparaître un article sur soi ? Cyrille Borne aurait-il peur du virtuel et de sa puissance irréversible ?
En pointant le comportement de girouette de Cyrille Borne, son absence d’engagement ferme, la misère de la pensée bornéenne, j’aurais fait l’amalgame entre un principe de vie et l’utilisation d’un ordinateur qui, selon lui, ne serait pas soumis ou couvert par les principes de vie. Pourtant, j’avais pris le soin de baliser quelque peu le terrain :
La liberté logicielle régit nos rapports au sein de la société (liberté de la connaissance, des échanges et de la collaboration) et détermine notre façon de vivre, de travailler et de communiquer : l’utilisation d’un logiciel nous inscrit dans un rapport au monde, un rapport à nous-même comme un rapport aux autres, quotidiennement, dans notre travail comme dans notre vie privée.
La connaissance, les échanges et la collaboration, les rapports que nous entretenons professionnellement comme dans notre vie privée, tout cela ne serait pas du ressort de l’éthique. Et d’ailleurs, comme Cyrille Borne n’a vraiment honte de rien, il ajoute : « J’ai tendance à penser qu’à force de philosopher on n’utilise pas ou peu ou que son ordinateur est une machine à écrire, un luxe que je ne peux pas me permettre ». Ce que Cyrille Borne classe, avec une élégance certaine, dans la catégorie des « masturbations intellectuelles libristes ». Le Quelle médiocrité.
Philosophie et informatique ne font pas bon ménage. Ordinateur, lecture et culture non plus. Pensée et vie de famille pas plus. Et comme Cyrille Borne n’est pas une ineptie près, entre agir et réfléchir, il faut choisir : « un homme d’action [...] n’a pas le temps de lire les philosophes ». Un père de famille est forcément un imbécile.
C’est imparable, c’est idiot. Et je pèse mes mots. Idiot.
La liberté, monsieur Borne, ne se réduit pas au caprice et au rêve ; elle est aussi et surtout la maîtrise concrète ― et souvent douloureuse ― des conditions de la liberté.
La maîtriser ce n’est pas simplement décider, énoncer, expliciter droitement de toute sa virilité péremptoire et rejeter dans l’incongruité et la confusion toute velléité de désaccord, en gesticulant clownesquement dans son bel habit de baron du Web.
Ce qu’il manque à Cyrille Borne, comme à beaucoup d’utilisateurs, c’est une réflexion, une pensée informatique.
Pourquoi ce panneau “No shoes” est-il appelé à devenir le slogan de mon blog ? Le propos bornéen, comme celui de ses fans libert-à-riens, sent si fort le fumier… qu’on a l’impression qu’ils ont les deux pieds dedans en permanence. Et c’est infect. Prière de se déchausser avant d’entrer. Seule solution acceptable pour continuer à vivre en bonne intelligence avec la communauté du Libre.

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