Je ne crois pas qu'il appartienne au photographe seul que d'être hanté par des objets, des visages, des situations… que la mémoire refuse de voir disparaître et restitue de temps à autre sous l'effet de je ne sais trop quel jeu mental. Seulement, le photographe, ces objets, ces visages, ces situations… lui il les enregistre "composés" (cadre, etc.). C'est un peu comme si l'œil photographique se promenait sur le monde avec un grille de lecture qui le réorganise. Pour curieux que cela paraisse, ce n'en est pas moins troublant pour le photographe lui-même.

La photo présentée dans la suite sort de mon répertoire mémoriel et plus encore. Le souvenir a rencontré la vie.

Quelques explications s'imposent…

J'ai été sollicité, il y a quelques jours, pour un projet d'affiche (4X3) sur lequel je travaille un peu plus qu'à plein temps depuis. Le cahier des charges me déporte assez loin de mes habitudes et de ma recherche mais c'est ainsi. Il y a l'exercice de style, un peu National Geographic, mais il y a aussi et surtout l'expérience déjà riche en elle-même. Cette affiche s'inscrit dans une aventure authentique, une aventure avec des gens que j'apprécie et, plus simplement, des humains avec qui il fait bon vivre… par delà leur talent musical ou personnel.

La photo se devait d'être en couleurs et au format "paysage". Par ailleurs, le sujet lui-même était extrêmement précis. Inutile ici d'en donner ici le détail… parce que j'ai pris quelques libertés avec le cahier des charges. La photo présentée ci-après est très différente de la commande initiale et c'est celle-là qui devrait être retenue pour la promotion (affiche, t-shirts, etc.).

Pourtant, ce matin, si j'ai passé quelques heures dans la brousse sur la hauteur du cratère de Dziani (voir l'article sur Malango), c'était bien avec la ferme intention de répondre au mieux à la commande qui m'avait été faite. Mais voilà… je suis aussi revenu sur les lieux d'une photo en attente. Ainsi va la vie…

Pour la petite histoire, j'ai vu pour la première fois cet alignement de boîtes aux lettres en pleine nuit et mon œil, après plusieurs passages sans arrêt, sous un soleil de midi, l'a (re)composé de plein jour. Une sorte de surimpression.

Et ce matin, après moult réglages, juste avant de déclencher, les enfants du coin, intrigués par mon matériel autant que ma posture (allongé dans la terre encore boueuse de la dernière pluie !), se sont promenés dans mon cadre. J'étais forcément un peu agacé mais, comme à toute chose malheur est bon, une petite fille, je ne sais trop comment ni pourquoi, s'est posée-là et n'a plus bougé pendant quelques minutes. J'ai eu juste le temps de reprendre mes réglages et de déclencher une ou deux fois avant qu'elle ne fonde en larmes. Son frère l'a soulevée illico et toute cette marmaille a disparu dans la brousse.

Malheureusement, le petit format de publication web ne rend pas tellement justice à cette photo ; il permet tout de même de s'en faire une idée.

Les boîtes et la petite fille