L'heure n'est pas au bilan — d'ailleurs, je n'ai jamais été très friand de ce genre de rétrospection et aux autres (auto-) flagellations. — oui, trois fois oui, je ga-lè-re. On s'en doute, je n'aime pas beaucoup l'expression, surtout parce qu'on me la rabâche depuis ma plus tendre enfance, mais il faut bien le reconnaître, ce Lenovo U160 me donne du fil à retordre plus qu'il ne m'en aurait fallu, je rame sévèrement. — Cela dit, je n'ai pas l'impression de m'être fossilisé pour autant. Faire le choix d'installer une distribution de GNU/Linux telle que Debian, au-delà des bidouilles et des geekeries nécessaires, c'est tout un esprit, Free spirit. Cette liberté a un prix. Une Debian, ça n'est pas comme une tablette (visionneuse à écran led) à la Steve Jobs ou une liseuse version FNAC connectée en 3G gratuitement pour acheter, en ligne, des e-books sur le site marchand de la même enseigne.

On n'installe pas une Debian pour les mêmes raisons qu'on entre dans un bazar technologique. Faire le choix d'installer une Debian, c'est aussi refuser la marchandisation du numérique. Comme le suggérait Alan Cox il y a un peu plus d'une dizaine années, il est essentiel de rester hors du commercial, de l'économie de marché, de se tenir à l'écart des supermarchés et autres temples de la consommation.

Au beau milieu de l'illusion de l'uniformité et du conformisme, l'esprit libre promeut une économie de la connaissance insaisissable fondée sur des valeurs fiables, des biens non marchandables : un partage libre. Et disant cela, aujourd'hui, je pense surtout au soutien que j'ai reçu cette dernière semaine de la liste debian-user-french. Précieux.

Bien évidemment, il faut aussi accepter la confrontation que cette posture implique et cultiver sa propre résistance à la niaiserie par un travail-patience. — Travail-patience qui enrichit, d'une manière inédite, la liberté par une affinité un peu plus subtile entre l'individuel et le collectif que celle qu'il y a se fondre dans la masse qui se rue sur les tablettes version pomme.

Comme l'écrivait Gilles Châtelet, la liberté, quand elle ne se réduit pas au caprice et au rêve, est aussi et surtout la maîtrise concrète — et souvent douloureuse — des conditions de la liberté.