Me revoilà de l'autre côté de la Terre, en deçà du monde majoritaire. Je peine à raccrocher les wagons. Mes deboires avec le Lenovo U160, même s'ils m'ont apporté beaucoup, c'est indéniable, m'ont aussi fait prendre beaucoup de retard dans mon travail (cours et photo), je ne peux pas non plus le nier. Et je n'ai pas tout réglé, notamment le mode d'affichage (épouvantable) de l'écran en 16:9 qui déforme toutes les images, les étire sur l'horizontale. C'est plutôt gênant pour la photo, comme on peut s'en douter. Le seul moyen de le contourner, comme cela m'a été suggéré sur la liste Debian : acheter un écran 4:3. Vous pensez bien que j'ai pas mal bidouiller avant de me résoudre à cette solution. C'est chose faite, depuis samedi, une bonne affaire, un écran de 19". Il y avait bien longtemps que je ne m'étais pas trouvé en face de pareilles dimensions au quotidien. Et ça change vraiment la vie. C'est vraiment confortable pour manipuler les photos.

Je ne sais plus dans lequel de ses articles Cyrille se faisait la réflexion suivante : acheter un PC Mignon, un petit PC, un PC ultraportable ou un notebook pour le laisser trôner sur son bureau c'était n'avoir rien compris à l'utilisation d'un tel appareil ou quelque chose du genre. Je ne crois pas trahir sa pensée. Il n'est pas loin d'avoir raison.

Il va sans dire qu'en achetant mon Lenovo U160, je craignais de me trouver dans ce cas de figure, de n'avoir pas assez à (le) bouger, je craignais de n'être pas assez mobile et de n'avoir, par conséquent, nullement besoin d'un PC Mignon. C'est aussi pour cette raison que je me suis tourné vers ce modèle. Il me fallait, de toutes façons, une machine assez puissante pour manipuler sans peine mes fichiers photo. Mon vieux Dell avait bien du mal avec les (lourds) fichiers RAW sortis de mon Canon 7D.

Doté d'un écran 4:3 de 19", ce Lenovo sous Debian Testing/Sid est devenu une machine extrêmement confortable. À vrai dire, j'ai maintenant deux machines différentes. Ce qui me fait dire qu'un ultra-portable bien doté (selon les besoins) peut à la fois répondre aux exigences d'une vie nomade comme à l'utilisation en poste fixe, sur bureau. Finalement, je ne regrette pas cette acquisition.

Par contre, je ne sais pas quel est l'état du marché en magasin de l'autre côté du monde, au nord, je ne m'y suis pas intéressé parce que je me voyais mal faire la translation nord/sud un écran sous le bras, mais ici pas le choix : un seul écran 4:3, le modèle d'exposition dont on était manifestement très content de se débarrasser, vu la ristourne consentie, tout le reste… c'est du 16:9. Pourquoi ? Et là… je ne comprends pas trop bien pour quelle raison. Les images sont épouvantablement déformées sur 16:9. Impossible de travailler correctement la moindre photographie là-dessus. Curieuse évolution du marché, non ? Ou alors, il y a vraiment quelque chose qui doit m'échapper. J'ai tout de même un peu de mal à croire que le marché au sud du monde soit représentatif de ce qui se fait au nord.

— Parce que… de ce côté-ci du monde, les WiFi, les 3G et tous ces beaux objets high-tech, les i-machins et les i-trucs qui débordent des rayons des supermarchés, plus encore pendant les périodes de grand'messe de la consommation, au nord du monde, cela va sans dire, n'ont, le plus souvent, de réalité ici que le nom. J'ai vu un seul exemplaire de tablette/visionneuse style "Job". On entend parfois parler de tous ces gadgets mais c'est à peu près tout.

On peut faire le même constat pour le Web social et tous les nouveaux services en ligne. Ici, on ne se fait aucune inquiétude quant au Cloud Computing. Si Zoz s'était fait voler sa machine de ce côté du monde, il n'aurait très certainement jamais retrouvé son voleur. — À quoi bon tous ces produits de consommation courante, ces applicatifs pour sociopathes, ces ordinateurs dans les nuages ? Ici, rien de tout ça ne peut réellement fonctionner que sur trois pattes. Et pour cause, le réseau Internet est à peine fréquentable sinon par les nantis (dont je fais partie) qui peuvent débourser des sommes considérables pour une connexion très limitée.

À lire l'actualité de la blogosphère, je me sens dans le même état que devant le démonstrateur qui m'a fait l'article du FNACBOOK… abasourdi, abruti, hébété, sonné. Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive ou si… que trop. Je ne suis pas/plus en phase avec le nord du monde. Quand je cherche un livrel, on me propose un livrel 3G. Je n'en ai nullement besoin parce que, tout bonnement, cette fonctionnalité ne me serait d'aucune utilité ici. Pas de bras, pas de chocolat. Aucun usage, aucune valeur, aucune satisfaction possible.

On pourrait passer en revue, sous le même angle, tous les gadgets et les services qui font bouillonner la blogosphère, le résulat serait à peu près le même.

Cyrille s'étonne, en commentaire sur mon article "La vie en rose", qu'en bon geek, je ne passe pas mes journées à déambuler dans les rayons des magasins hi-tech quand je suis à Paris. Pourquoi ? La réponse pourrait être formulée selon les observations de Christopher Lasch (merci Cep pour la référence), en ces termes : la pulsion infantile stimulée ne trouverait aucun objet convenable pour se satisfaire immédiatement. Y parvenir exige d'aller bien au-delà de l'acquisition de l'objet et suppose une certaine maîtrise. Un certain "travail-patience".

Je dois bien admettre que cette manière de raisonner en termes "psy" m'est étrangère. Pour autant, il m'est difficile de ne pas reconnaître qu'il y a, dans cette approche, une exacte correspondance avec ce que j'ai vécu et ressenti lors de mon dernier voyage à France : j'ai perçu comme un grand vide dépressif et comme une forme exacerbée d'asocialité. On évite les contacts et les engagements intimes, on construit autour de soi tout un système de défenses exclusif. Un entre-soi. Comme l'a écrit Christopher Lasch lui-même, ce symptôme n'est qu'un trait de personnalité étendu à l'échelle d'une culture entière.