De l'avènement du lecteur numérique

Le mar. 16 août 2011

La mort annoncée — plus ou moins prochaine — du support imprimé sur papier sera aussi l'avènement du livre électronique. — Avis de décès. L'affaire est entendue. Ou peu s'en faut. Bien évidemment, le livre imprimé ne disparaîtra pas complètement, comme le disait fort justement, il y a quelques années déjà, Jeff Bezos, le patron d'Amazon.com. Mais, une chose est, quant à elle, certaine : dans un futur proche, « nous lirons sur des appareils électroniques. » Et, pour ma part, ce futur proche est un présent ; je viens de franchir la pas avec le modèle Orizon de Bookeen... Linux embarqué.

Si certains, comme Cyrille, n'ont pas encore trouvé le reader qui correspond à leurs habitudes de lecture, notamment pour la BD, c'est peut-être tout simplement que l'objet n'existe pas encore : « Actuellement je cherche toujours mon lecteur ultime, qui me permettrait de lire des bédés avec un certain confort. Aucun effort n'est fait pour faire une tablette pour la lecture autre que pour le livre puisque dans les ereader la couleur n'est pas encore arrivée, on va continuer à faire payer les gens pour du noir et blanc. » Et Cyrille de voir dans l'iPad le meilleur compromis du marché...

Pour autant, l'Ipad ne peut pas entrer dans la catégorie "liseuse numérique" parce qu'il n'a tout simplement rien de comparable, par exemple, avec l'Orizon de Bookeen ou tout autre lecteur de livres électroniques.

Pour ma part, ce n'est pas le monochrome que je paie en achetant un e-reader noir et blanc, c'est une lisibilité proche de celle du livre imprimé liée, entre autres, à sa réflectivité, la possibilité de marquer ou d'annoter les pages...

Et puis, contrairement à ce que Cyrille laisse entendre, le papier numérique couleur existe bel et bien, et la recherche de ce côté-là est en passe de nous proposer de bien belles innovations. Mais, pour le moment, il est bien vrai qu'aucun lecteur couleur fabriqué avec du papier numérique, à ma connaissance, n'a été commercialisé. Alors, que Cyrille se rassure, cette technologie est en plein développement et ça ne saurait tarder.

L'Orizon de Bookeen n'est pas la liseuse idéale pour la BéDé (taille de l'écran et couleurs). Pas plus qu'elle ne l'est d'ailleurs pour la lecture de simples textes (son interface est encore trop limitée) mais c'est tout de même un très bon reader pour le texte en noir et blanc. Le confort de lecture sur papier numérique est aujourd'hui comparable à celui du papier imprimé, c'est indéniable. J'en ai fait l'expérience lors de mon dernier long voyage en avion, plus de dix heures, il y a tout juste deux jours. J'ai lu un texte continu (un essai, pour être précis) pendant plusieurs heures et sans la moindre gêne. Ce que je n'ai jamais fait devant un écran LED — hormis quand j'écris, cela va de soi, mais l'effort de lecture n'est pas tout à fait le même.

Contrairement à Cyrille, je ne vois pas dans l'ardoise multifonctions d'Apple, l'iPad, le meilleur compromis du moment pour la bonne et simple raison que cette tablette n'a pas été conçue pour la lecture à l'écran. Et d'ailleurs, pour être très honnête, comme je l'ai déjà dit, je doute fort que ses utilisateurs lisent réellement — je n'en ai rencontrés aucun —, plusieurs heures durant, sur son écran LED, les livres qu'ils ont téléchargés. Un article de journal... passe encore ! L'écran LED est bien trop agressif pour la lecture au long cours.

Il faut tout de même reconnaître au papier numérique ses qualités de réflectivité mais pas seulement. Le papier numérique présente un autre atout majeur : son autonomie. Parce qu'en effet, en l'absence de changement (de page), le papier numérique est capable d'afficher les données indéfiniment sans consommation d'énergie. Imaginez un peu que l'Orizon de Bookeen a une autonomie de trois semaines ! On est loin, bien loin, des quelques malheureuses heures proposées par les tablettes multifonctions.

Bookeen l'a bien compris, ce changement de support de lecture exige la fabrication de nouveaux appareils adaptés à des comportements (habituels) de lecteurs conjugués à de nouveaux types de fonctionnements intellectuels, notamment des capacités de traitement et d'analyse différentes (sélection, tri, classement, etc.). Seulement, à ce niveau-là, on ne peut honnêtement pas dire que l'interface de l'Orizon est optimale ; elle présente même des défauts importants. En voici quelques-uns.

Juste après l'achat de l'Orizon de Bookeen, j'ai transféré un stock important de documents numériques (au format PDF pour la plupart) en attente de lecture depuis pas mal de temps, je peux même parler en année pour certains. Ce premier transfert occupe à lui seul plus d'un quart de la capacité de stockage de l'appareil (2 Go). Bien sûr, cette capacité est extensible via micro SD mais tout de même, par défaut, c'est trop peu au regard du poids des documents numériques.

La navigation dans la bibliothèque est rudimentaire : aucune fonctionnalité de recherche par titre, auteur ou mots clés. De fait, pour atteindre et sélectionner un document, il faut passer par tous les documents qui le précèdent ou le suivent par ordre alphabétique ! C'est on ne peut plus fastidieux. Il en est de même de la navigation interne au document : on peut tout au plus atteindre une page, un marque-page ou une annotation.

Dans la lecture proprement dite aussi certaines fonctionnalités doivent être grandement améliorées. La lecture est moins fluide que sur papier quand le passage d'un écran à l'autre ne correspond pas exactement au passage d'une page à l'autre. Un bout du fragment précédent est affiché avec la suite du texte sollicité sans délimitation. Résultat, on perd un peu le fil de la lecture.

Les appels de note de bas de page sont, quant à eux, bien marqués mais sans ancre, nœud ou lien, comme on en trouve en hypertexte depuis fort longtemps ou dans les bons documents PDF, qui autorise le rebond direct de l'appel à la note de bas de page. Pour lire la note de bas de page, il faut faire défiler tout le texte qui la précède dans un sens puis le faire défiler dans l'autre sens pour reprendre la lecture du corps du texte.

Je pourrais évoquer également quelques défauts d'affichage (flash de l'écran, marges, taille et graisse des polices de caractères...).

Pour parer à ces défauts de conception, il faudrait un logiciel ou une interface de navigation et de lecture bien plus souple, je veux dire, modifiable par l'utilisateur lui-même. Cela dit, celle de Bookeen est libre ; il est donc parfaitement possible de participer à son développement.

On le voit bien, l'Orizon de Bookeen n'est pas l'e-reader idéal. Cela dit, nul doute que la voie suivie par Bookeen est autrement préférable à celle prise par Apple.

Par Christophe, Catégorie : Materiel

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