Et les commentaires ?

Le mer. 18 mai 2011

Il n'aura échappé à personne — et certainement pas à ceux qui ont lu mon premier article sur ce calepin — que la possibilité de commenter au bas de mes articles a disparu depuis mon tout récent déménagement. — Même si j'aspire plus que jamais au nomadisme, en tous cas je suis en partance c'est certain, que Cyrille se rassure, je compte bien m'installer quelques temps par ici. J'aime bien les lieux, c'est confortable. Et puis les plâtres ne sont pas encore secs. Le gros œuvre est fait... me reste encore la décoration pour habiter l'endroit à plein temps.

En réalité, la fonction "commentaire" ou "grain de sel" n'a pas disparu... elle n'existe simplement pas dans mon nouveau chez moi. Et, j'allais dire, c'est bien ainsi. Ce n'est donc pas tout à fait comme si je l'avais supprimée même si, au final, pour vous, cela revient au même. Cela dit, je peux le dire sans rougir, c'est aussi un choix parfaitement raisonné que certains, via Identi.ca, n'ont pas manqué de pointer comme une incohérence ou un revirement pour me réclamer, à corps et à cris, une flagellation publique.

Alors que je défends de longue date le commentaire comme une saveur ajoutée par le lecteur, j'en supprime la fonction ou, parce que la solution existe, ne l'installe pas. Alors quoi ?

Inutile de reprendre ici dans le détail les raisons qui font que je partage, et depuis longtemps, l'avis de Philippe sur la valeur des commentaires mais je crois, par ailleurs, qu'il se trompe sur Identi.ca qui ressemble, à s'y méprendre, à un salon conversationnel plutôt qu'à un canal informatif. Quelques explications donc...

Un blog n'est nullement une représentation médiatique de plus. Doté de mécanismes de publication propres, le blog est un outil qui offre une manière d'écrire différente des autres médias. Son rôle, je l'ai déjà dit à maintes reprises, dans la société interactive, est aujourd'hui de premier plan mais son utilisation n'est pas et ne doit pas être uniforme.

Dans le cybermonde, nous sommes tous, potentiellement au moins, éditeur, écrivain, lecteur... Répondre à un mail ou un post dans un forum, à un article ou à un commentaire sur un blog, échanger plus ou moins directement sur Identi.ca ou autre, etc., tout cela participe, en quelque sorte, de la circulation de la parole. Une parole libérée ou sans médiation sinon celle de l'outil — qui reste, bien évidemment, sous l'autorité de l'initiateur ou maître des lieux.

Que l'on parle des échanges sur Identi.ca, d'un blog ouvert au commentaire ou sur une mailing-list, il faut voir, je crois, le cybermonde comme un espace public, une forme d'agrégat collectif, un lieu d'échanges libres... plus ou moins. Et cette nuance est d'importance, bien au-delà de l'aspect légal sur lequel je ne m'étendrai pas. Ce n'est pas l'objet de cet article.

Cette nuance (ou "plus ou moins") relève du pouvoir éditorial de l'initiateur — le maître des lieux — qui peut, comme bon lui semble, à l'exemple de Cyrille Borne, exercer ce pouvoir de manière forte, en interdisant toute intervention extérieure hors de son contrôle, sur son espace de publication. La voix du tribun.

En droite ligne (éditoriale) opposée à la tribune, l'initiateur peut renoncer à l'exercice de son pouvoir, en déléguant la modération au tout venant. Il devient, dès lors, une sorte d'animateur, un agent de la circulation (énonciative) qui autorise tout trafic (entendez dans l'expression toutes les connotations), un facilitateur d'échanges ou de discussions. De la simple tribune à l'ouverture du trafic, bien des degrés sont possibles. Et cette variable d'ajustement doit être laissée à l'appréciation de l'initiateur.

Tenir un blog (ou tout autre espace de parole publique) est une forme de prise en mains, plus ou moins technique, de notre vie même d'humain. Mais cette technique d'appropriation ne doit pas devenir une nouvelle forme d'asservissement. Et c'est là, au fond, la raison essentielle, de mon prétendu revirement. Me simplifier la vie...

Par Christophe, Catégorie : blog

Tags : Blog / Camarilla / Journal /